Sport et Entreprise

Sport et Entreprise

Pr Rachid M’Rabet
Directeur de l’Ecole Doctorale
Groupe ISCAE

Tenter de rapprocher le sport et l’entreprise, c’est admettre qu’il existe entre ces deux univers une attirance réciproque. Le sport et l’entreprise entretiennent, en effet, des liaisons étroites devenues, de nos jours, évidentes. D’un côté, le monde sportif est gagné par la logique d’entreprise et utilise de plus en plus le référentiel managérial surtout sous la pression de la professionnalisation qui exige l’utilisation des outils de gestion. De l’autre côté, l’entreprise emprunte au sport ses méthodes pour gérer et motiver ses ressources humaines, pour introduire, implémenter et réussir le changement et pour atteindre la performance.

L’apport du sport pour l’entreprise 

L’entreprise fait appel au sport, d’abord, comme outil stratégique ou encore pour réaliser ses différents objectifs de communication en vue d’améliorer son image. Mais c’est surtout pour motiver les ressources humaines, souvent, à l’occasion de conventions des cadres ou de séminaires de formation que les méthodes du sport sont utilisés par l’entreprise. Il semble, dès lors, faire partie de la panoplie des outils de management des ressources humaines au service des entreprises. Les contacts entre les deux univers ont pour but d’apporter du dynamisme au management de l’entreprise en y introduisant outre de la simplicité et du réalisme, une certaine dose de jeu. L’intrusion du sport dans l’entreprise s’avère à la fois divertissante et instructive(1).

Par ailleurs, le sport, outre qu’il peut changer la conception des RH, facilite l’acceptation du changement et amène l’entreprise à viser la performance durable. Il peut être une véritable école pour l’entreprise et qui peut faire rêver ses dirigeants, chose qui leur manque souvent.

D’un autre côté, en tant que discipline, le sport est souvent représenté par un certain nombre de valeurs : solidarité, courage, esprit d’équipe, simplicité, dépassement…(2).

  1. Lors de ces occasions, l’entreprise fait appel à un champion ou un coach pour témoigner sur ses performances, ses motivations et, également, sur son expérience managériale.
  2. Valeurs souvent reprises dans les discours mais qui commencent, malheureusement, à se perdre.

Certes, ces valeurs ne se retrouvent pas dans tous les sports puisque chacun ayant les siennes, mais elles sont de plus en plus présentes dans le discours et la pratique managériaux. En intégrant ces valeurs, l’entreprise arrive souvent à dépasser les difficultés et les contraintes que son fonctionnement ne manque pas de connaitre.

Les logiques managériales dans le sport 

Parallèlement, les organisations sportives, dans leur quête vers le professionnalisme, considéré comme une source de performance sportive et économico-financière, s’imprègnent des logiques managériales et utilisent les outils de la finance, du marketing ou encore ceux pratiqués dans la gestion des ressources humaines.

De nos jours, le professionnalisme, créé par les entreprises (1), a envahi le domaine du sport. Le sport n’est plus cette activité de loisir, aux vertus éducatives et distractives, totalement désintéressée, qui se pratique dans un cadre associatif où le style et le fair-play comptent davantage que la performance. La vision coubertinienne ou « l’important c’est de participer » a définitivement laissé la place à une autre ou « l’important c’est de gagner ». Les sportifs sont maintenant payés pour les activités sportives qu’ils effectuent. Le sport s’est développé, dans son fonctionnement et ses objectifs, autour d’une logique très proche de celle de l’entreprise.

Le cas du foot-ball est à cet égard édifiant. C’est le premier sport collectif à connaitre le professionnalisme grâce à des entreprises. C’est le cas du club de la Juventus de Turin en Italie, par exemple, qui va connaitre l’introduction des méthodes de management de l’entreprise grâce au constructeur automobile Fiat. C’est le cas aussi du club français FC Sochaux qui, avec Peugeot derrière, va appliquer la logique industrielle de manière très poussée dans le but d’assurer le contrôle des différentes variables de la performance.

Avec le développement du professionnalisme, les organisations sportives évoluant au sein du sport professionnel abandonnent, de plus en plus, le statut associatif. Une bonne partie des structures sportives sont maintenant des entreprises qui utilisent, en les adaptant à la particularité du secteur, des outils de management inspirés de l’entreprise. Néanmoins, l’adoption du professionnalisme par les organisations sportives ne va pas sans leur poser aujourd’hui de nombreux et sérieux problèmes. Ceux-ci sont relatifs aux sportifs qui ont

(1) En France, par exemple, le championnat professionnel de football a vu le jour en 1932, grâce à J-P Peugeot.

du mal à suivre le rythme infernal des compétitions sportives auxquelles ils doivent participer, à la gestion des blessures, à la gestion du stress lié à la pression du résultat, à l’attrait du dopage qui les guette et qu’ils doivent coûte que coûte éviter,…Pour les organisations sportives, elles-mêmes, le professionnalisme est synonyme de besoins importants de fonds pour financer les activités professionnelles, une masse salariale importante qu’il faut pouvoir supporter, la question des associations de supporters qu’il faut aborder avec doigté, la fidélisation des sportifs professionnels, la gestion de l’image et des medias, la gestion des sponsors,… Toutes ces Problématiques, que connaissent en partie les entreprises, attestent à l’évidence du caractère inachevé du professionnalisme sportif.

C’est parce que le sport est arrivé à un niveau de développement élevé que les acteurs sportifs s’intéressent au monde de l’entreprise et aux outils qu’il utilise pour gérer ses contraintes et atteindre ses objectifs. D’autant qu’on assiste de nos jours à une rationalisation accrue des activités de production de la performance sportive et à une spécialisation croissante des compétences qui ont fait que le management est devenu une activité incontournable dans le sport professionnel.

Entreprise et Sport, deux mondes entremêlés

Le monde du sport et celui de l’entreprise ont tellement appris l’un de l’autre qu’ils sont maintenant entremêlés. Quand il y a des évènements sportifs, tout le monde y assiste ou presque ; il y a des espaces réservés aux sponsors, aux partenaires et aux « personnalités ». Pour les hommes politiques, dirigeants d’entreprise et d’organisations sportives, pour les sportifs, aussi, l’évènement sportif est un lieu de relations publiques et souvent un moment marqué par la convivialité, l’échange et le partage.

L’interpénétration du monde du sport et de celui de l’entreprise va certainement perdurer et se développer encore. Elle ne doit pas nous faire oublier que, malgré le fait que l’entreprise et le sport ont des logiques convergentes, cela ne veut pas dire pour autant que le sport serait la panacée à tous les problèmes de management des RH de l’entreprise. De même, l’entreprise ne pourrait être le modèle à suivre par le monde sportif qui doit impérativement tenir compte de ses propres spécificités.

De nos jours, le sport professionnel est devenu un spectacle guidé par une logique principalement économico-financière. Dès lors, la question essentielle qui se pose aujourd’hui est de savoir si le club sportif est avant tout une organisation sportive ou une organisation économique ou les deux à la fois ? Cette question renvoie à une autre relative au sport lui-même, à l’identité et aux profondeurs de cette activité humaine.

En se rapprochant du monde de l’entreprise, le sport a tout intérêt à ne pas perdre sa raison d’être. Quant à l’entreprise, elle doit s’inspirer modérément du monde du sport. En gardant chacun sa spécificité, le sport et l’entreprise, assurent, ainsi, à leur relation une certaine durabilité.

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